Une vieille idée refait surface, en Thaïlande, et provoque un tollé général. En effet, le Premier ministre Samak Sundarajev soutient la légalisation des casinos dans le pays. Cette nouvelle ne semble pas réjouir ces concitoyens. Pour ces détracteurs, le projet ne profitera qu’à une minorité et coûte plusieurs millions de bahts. En effet, seuls les hommes politiques, les milieux d’affaires et les proches du pouvoir ont quelque chose à gagner dans cette affaire. Le peuple, quant à lui, risque gros : une aggravation de ses problèmes de dettes et des tensions familiales. Les risques d’addiction En effet, le témoignage d’un ancien joueur, habitué des paris sur les matchs de football, confirme que la Thaïlande ne semble pas prête à légaliser et à normaliser les jeux d’argent. « Quand j’étais étudiant, j’étais complètement accro aux paris [confie cet homme qui a contracté de lourdes dettes pour financer sa passion]. A l’époque, je ne me rendais pas compte des conséquences néfastes. Je n’en ai pris conscience qu’une fois que j’ai réellement commencé à en souffrir ». Ainsi, il a dû renoncer à ces études puisque accro au jeu, il ne pouvait plus se concentrer sur son travail. D’après lui, beaucoup de jeunes ont connu une histoire similaire. Nombreux sont ceux qui craignent les bookmakers à qui ils doivent encore de l’argent. La population reste, dans la majorité des cas, peu éduquée et les risques et les conséquences d’une addiction au jeu leurs sont inconnus. Une industrie des jeux illégale mais florissante Avec ce témoignage, on remarque que, bien qu’illégaux, il existe déjà un secteur du jeu et des paris. Il s’est même développé en une véritable industrie. Selon l’économiste Pasuk Phongpaichit, il représenterait plus de 4 milliards d’euros chaque année. 7 adultes thaïlandais sur 10 s’adonneraient couramment aux jeux et aux paris clandestins. La légalisation des jeux d’argent, un projet ancien Samak Sundarajev, le Premier ministre, souhaite non seulement légaliser les paris mais soutient, de plus, l’ouverture de casinos réservés à des membres dans cinq grands sites touristiques à Pattaya, Phuket, Khon Kaen, Chiang Mai et Hat Yai. Cette idée n’est pas nouvelle. En effet, nombreux ont été les projets similaires. A chaque fois, ils provoquent des polémiques avant d’être abandonnés. Il y a cinq ans, l’ancien Premier ministre, ¬Thaksin Shinawatra, a travaillé sur l’élaboration d’un complexe de loisirs doté d’un casino à Chonburi. Devant l’hostilité de la population, le projet n’a jamais abouti. De l’utilité d’un tel projet Selon le gouvernement actuel, l’ouverture des casinos amènerait de nouveaux touristes fortunés et autant d’argent. Des études, quant à elles, montrent le contraire. De tel établissement ne devrait séduire qu’une population à faible revenu misant de petites sommes aux machines à sous et autre bandit manchot. Le secrétaire général du Réseau populaire contre la corruption, Veera Somkhwamkid, est un farouche opposant au projet. Il affirme que la population n’a rien à tirer de la légalisation des jeux. Cette mesure ne devrait favoriser que les membres du gouvernement et leurs entourages. En effet, certains d’entre eux sont actionnaires ou joueurs de plusieurs casinos installés dans les pays voisins. D’autres personnes craignent une augmentation de la délinquance. Pour Atcharan Jarassawat, spécialiste en criminologie à l’université Mahidol, la légalisation du jeu risque de provoquer la multiplication des jeunes victimes des casinos. Sachant que beaucoup de parents n’ont plus aujourd’hui le temps de surveiller de près les activités de leurs enfants, bon nombre de jeunes pourraient devenir accros au jeu et mal tourner. Tout le monde n’est pas hostile au projet. Sangsidh Piriyarangsan, économiste à l’université Chandarakasem Rajabhat pense que cette mesure stimulerait l’économie thaïlandaise. En effet, beaucoup de ces concitoyens se rendent dans les villes frontalières birmanes, cambodgiennes et laotiennes pour jouer aux casinos. Un changement de législation et l’ouverture d’établissement de jeu, dans le pays, devrait donc permettre de générer des profits en Thaïlande et non plus à l’étranger. Vers un référendum ? Enfin, un député du Parti démocrate, Somkiat Pongpaiboon, espère qu’un changement de législation et qu’une légalisation se fera, si elle a lieu, avec l’accord de la population thaïlandaise. « Nous devrions parler des mesures à mettre en place pour empêcher les jeunes de fréquenter [les casinos]. Il faudrait aussi aborder la question de la délimitation des zones où ils pourraient être autorisés à se trouver et étudier des mécanismes permettant de contrôler précisément leurs revenus. Nous ne voulons pas qu’un parti politique utilise cette idée pour courtiser un électorat, comme l’avait fait Thaksin avec son projet de loterie », explique-t-il.